La Sardine… qui boucha le port de Marseille

La Sardine… qui boucha le port de Marseille

Pour compléter la recette des sardines grillées, un petit clin d’œil à l’Histoire.


Leur nom vient de Sardaigne dont elles peuplaient les côtes autrefois. Mais on en trouve au sud de l’Islande et de la Norvège jusqu’à la Mauritanie, en mer noire et bien sûr en Méditerranée d’où la célèbre histoire de celle qui aurait bouché le Vieux port de Marseille.
19 mai 1780… Les marseillais vaquent à leurs occupations, dont beaucoup sont portuaires. Navires de commerce, transport de marchandises, réparation navale, le port de Marseille connaît une belle activité ! Jusqu’à l’incident : un bateau bloque la passe du port… Une frégate marchande échouée crée un embouteillage naval monstre !
histoire de la sardine, MarseilleUn incident si énorme qu’on en parle encore aujourd’hui ! C’est «La Sartine» qui bloque le port !
Quelques années auparavant, voulant profiter de la suppression partielle du privilège de la Compagnie des Indes à Lorient et de la liberté d’armer à destination des Indes et de la Chine désormais accordée au port de Bordeaux, l’armateur Jacques-Alexandre Laffon de Ladebat (1719 -1797) monte une expédition pour ces pays en 1775. Il rassemble les fonds nécessaires à l’armement et fait construire un vaisseau qu’il baptise Le Sartine en l’honneur d’Antoine Raymond Juan Gualbert Gabriel de Sartine qui vient d’être nommé, par Louis XVI, Ministre de la Marine le 20 juillet 1774.
Fier et fort navire : un trois- mâts de 130 pieds (40 mètres à la coque) pour 196 pieds (60 mètres) hors tout et de 27 pieds (8 mètres de large), doté de 1196 square yards (1000 m2 ) de voilure !
Un équipage d’une quarantaine de marins, est levé. Le commandement du Sartine est confié au sieur Couronat : “ce capitaine – note l’armateur – naviguait depuis longtemps à notre service avec un zèle soutenu et une intelligence rare”. On embauche aussi un subrécargue, la personne qui représente à bord d’un navire le propriétaire du navire et de la cargaison, le sieur Joseph Warnet, et dont le frère, François Warnet, est enrôlé comme second.
La Sartine prend la mer en septembre 1776. Ce magnifique navire va dès lors connaître bien des déboires : transformé en navire de guerre en 1778, il participera aux combats de l’escadre française au large de Pondichéry.
Défaite française… Arraisonnement du Sartine ! Le bateau passe sous commandement britannique, transporte des prisonniers et navigue sous «pavillon de trêve»…ou “pavillon parlementaire” (cartel flag) destiné à assurer l’inviolabilité des navires qui transportent des prisonniers ; ce pavillon est composé d’un grand pavillon de poupe (à l’arrière) de couleur blanche doublé du pavillon de l’ennemi, plus petit et plus bas.
Pas de chance ! Alors qu’elle navigue au sud du Portugal, la frégate va se trouver sous le feu nourri du Romney, dont le capitaine (George Johnstone – tout grand marin bien que britannique !) aurait mal vu le pavillon de trêve, pavillon blanc sur voiles blanches de la Sartine, le 1er mai 1780.
Selon les mémoires de Paul Barras qui est à bord : “Les pavillons de trêve arborés, nous fîmes voile pour le cap de Bonne-Espérance : on y prit des vivres et l’on s’y radouba. Après une heureuse traversée, à la hauteur du cap Saint-Vincent (ce cap est au sud du Portugal, à la pointe sud-ouest de l’Algarve), nous fûmes ralliés sous pavillon par un vaisseau de guerre anglais qui croisait sous le cap. A portée de pistolet il nous lâcha sa bordée, vira de bord et dirigea le feu de mitraille sur notre bâtiment sans défense, et bien que nous eussions les pavillons de trêve, neuf hommes et notre capitaine venaient d’être tués… Le feu continuait : le vaisseau criblé et faisant eau de toutes parts, allait être submergé. Je m’avisais d’abattre le pavillon français de poupe le feu cessa aussitôt”.
Il s’agit bien du “Barras” de nos livres d’histoire : député à la Convention pendant la Révolution française, il vota la mort de Louis XVI. Il apparaît comme l’un des hommes-clés de la transition vers le Directoire, dont il devient l’un des principaux mandataires à partir du 31 octobre 1795, et jusqu’au coup d’État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799).
Dans l’ histoire de la “mal-mer” tragique du Sartine, le “vicomte de Barras”, sait se donner le beau rôle: il semble donc que le pavillon français avait été hissé par erreur ou forfanterie à bord du Sartine, ce qui lui avait valu les bordées de la frégate anglaise de 50 canons. Sauf à soupçonner le capitaine anglais de mauvaise foi ou désireux de “faire un dernier carton” sans honneur sur un navire ennemi désarmé, on peut aussi penser à une erreur explicable : jusqu’à l’adoption du drapeau tricolore le 24 octobre 1790, les vaisseaux de la Marine Royale arboraient des pavillons blancs dépourvus de fleurs de lys ou autres motifs. Dans ces conditions, le pavillon des vaisseaux du Roi pouvait être confondu avec le pavillon blanc de trêve.
Une réparation de fortune est effectuée à Cadix. Continuant son périple, la frégate arrive à Marseille le 19 mai 1780 et… s’échoue dans l’entrée du port ! A partir de là, la légende se développe et la frégate Sartine qui a bouché le port de Marseille devient «sardine» ! Le port est resté bouché si longtemps qu’on s’en souvient encore !
Etrange coïncidence prophétique, le blason de la famille Sartine, créé bien avant cet évènement, est ainsi décrit dans les armoriaux : “d’or à la bande d’azur chargée de trois sardines d’argent” !

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